De l’énergie électrique… nucléaire
Le président a exhorté Areva, la société détenant le contrat d’exclusivité avec l’Etat français pour la construction de centrales nucléaires, à investir « rapidement, massivement ». Certes, en ces temps de crise, le président traduit bien sa volonté d’investir dans les entreprises (via le lancement de grands projets d’infrastructure dans le domaine public par exemple) afin que celles-ci créent des emplois, et par là-même contribuent à réduire le plus vite possible l’impact de la crise. C’est sur ces idées que M. Sarkozy s’était d’ailleurs exprimé la veille, jeudi 5 février, en direct à la télévision et la radio (voir une capture de la dépêche de l'Agence France-Presse décrivant la position de M. Sarkozy sur le nucléaire publiée par Yahoo! aujourd'hui).
Malheureusement, il est dommage que la France (et donc M. Sarkozy) ne soit pas fidèle à ses engagements… Est-ce que les mots « Grenelle de l’environnement » signifient quelque chose ? Le nucléaire a toujours été politiquement soutenu par l’Etat français, sur des termes économiques, et (malheureusement) écologiques… Voici quelques extraits de la partie concernant le programme « Efficacité énergie et carbone » du compte-rendu sur la table-ronde finale n°1 du Grenelle, ayant eu lieu le 7 novembre 2007 (il y a 1 an ½ !) :
- « Augmentation de la recherche sur les nouvelles technologies de l’énergie, consacrée notamment aux énergies renouvelables et au stockage de l’électricité au niveau de celle dévolue au nucléaire civil. » : il faut bien noter que la recherche doit porter sur de nouveaux moyens de produire de l’ électricité, faisant partie du « bouquet énergétique » (hydraulique, éolien, biomasse, géothermie, photovoltaïque, solaire) dont le nucléaire ne fait pas partie. Pire, le nucléaire est mentionné, mais uniquement pour un meilleur stockage de l’énergie produite, sous-entendu « déjà produite ».
- Le Grenelle propose une « obligation de réaliser un bilan carbone pour toute personne morale, publique ou privée ». Et pourquoi ne pas étendre cette obligation au secteur de l’énergie ? Il y aurait beaucoup à redire (et à démontrer via le bilan carbone, entre autres) sur le qualificatif « écologique » appliqué au nucléaire…
- « Les programmes de maîtrise de la demande d’énergie et de développement des énergies renouvelables entraîneront une baisse mécanique de la part du nucléaire dans le bouquet énergétique français. » : que dire de plus ? La part du nucléaire doit baisser dans la production d’électricité française face aux autres formes de production ! C’est écrit noir sur blanc !
- Malheureusement, comme cité un peu plus loin, il y a un « désaccord entre les parties sur la juste place du nucléaire (notamment sur la poursuite du programme EPR) », ce qui est une des failles du Grenelle, porte ouverte à ce qui se passe à Flamanville…
L’ensemble de ces citations prouvent bien qu’il a été admis que le nucléaire ne fait pas partie des formes renouvelables de production d’énergie et qu’il a été décidé que la part du nucléaire dans la production française devait baisser. Certes, il y a eu un désaccord sur la place à accorder au nucléaire, mais on peut l’expliquer pour deux raisons, principalement :
- La preuve a été faite sans équivoque que la poursuite du développement du programme nucléaire n’est pas écologique, ce qui montre bien que d’autres raisons poussent à cette tendance, parmi elles l’argument économique (j’y reviendrai plus tard) et… la volonté politique ! Pourquoi un tel acharnement ? Pourquoi des contrats d’exclusivité (Areva) existent-ils encore entre l’Etat français et des sociétés privées concernant le nucléaire ? Pourquoi de nouveaux chantiers nucléaires sont-ils lancés ?
- Le fait que la France dispose de 58 réacteurs implantés sur 19 sites (voir la page du site Web d'EDF concernant la production d'électricité) prouve bien l’omniprésence du nucléaire, aujourd’hui. Il va sans dire que nous avons les mains liées à l’heure actuelle sur cette question, et que l’abandon pur et dur immédiatement du nucléaire relève de l’utopie (à moins que les Français soient prêts à vivre et travailler sans électricité…).
Le nucléaire est donc devenu vital aujourd’hui dans son état actuel. Cela ne veut cependant pas dire que l’on ne peut pas l’abandonner au fur et à mesure, et qu’il faut dès maintenant arrêter son développement (pas sa maintenance !) pour privilégier d’autres sources.
L’argument économique face à l’argument écologique
Un argument fort actuellement est la question du porte-monnaie. C’est d’ailleurs en règle générale cet argument qui prévaut sur les autres, et c’est bien dommage, car il a une force de persuasion telle que le pire des projets pourrait être toléré voire accepté pour la simple raison qu’il est moins cher (voyez par exemple le faible développement du commerce équitable)… Fin de l’aparté.
Il est bien souvent dit dans les réseaux pro-nucléaires que cette technologie produit l’électricité la moins chère. C’est vrai, la production d’électricité par le nucléaire est la méthode la moins chère… mais quand on a dit cela, on est loin du compte !
La production, en effet, n’est que le sommet de l’iceberg. C’est là où je fais intervenir le bilan carbone (et tout autre bilan sur les nanoparticules, pourquoi pas), car en plus d’avoir un coût (dit « coût externe »), les opérations gravitant autour de la production produisent de la pollution. Autour de la production, il y a l’achat/production du combustible, la maintenance des sites de production, le traitement des déchets (filtrage des fumées dans le cas de la combustion, retraitement du combustible nucléaire, par exemples) et bien sûr le transport mis en jeu par l’ensemble.
Et c’est là où le bât blesse… car au final, l’argument 100% économique ne tient plus aujourd’hui, et l’arrivée des premières voix dénonçant l’impact écologique du nucléaire auraient pu produire beaucoup de tord à l’industrie nucléaire, (malheureusement ?) protégée par la politique actuelle et les mentalités intoxiquées par plus de 30 ans de vérité cachée et de non-dits. (voir une capture de la dépêche de Reuters concernant la réaction/non-réaction des habitants de la région de Penly publiée par Yahoo! aujourd'hui)
Je terminerai par un exemple :
Savez-vous quel est le rendement d’une centrale nucléaire ? Avant de donner la réponse ici, j’aimerais indiquer le rendement des moteurs thermiques (ou à explosion) utilisés par les voitures actuellement. Il s’agit soit de 36% (moteur à essence), soit de 42% (technologie Diesel) (voir la page Web concernant les moteurs conventionnels du site ifp.fr). Il est couramment admis que ces moteurs ont un piètre rendement, quelquefois-même jugé catastrophique (mes souvenirs vont à mon professeur de mécanique de terminale). Alors, maintenant, revenons-en au rendement de notre centrale : 30% ! (voir la page concernant le rendement des centrales nucléaires du site d'econologie.com) Toute la fumée blanche que vous voyez sortir des tours de réfrigération provient de 70% de la chaleur produite par le ou les réacteurs !
Il existe des solutions alternatives, telles que présentées par le réseau « Sortir Du Nucléaire » (voir la page sur les solutions alternatives du site sortirdunucleaire.org), bien qu’il n’y ait pas de chiffres précis quant à coût des différentes solutions proposées ou du nucléaire.